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Message 76 - Comment « l'opération
Kelk » a compromis l'aide aux victimes d'abus sexuels au sein de l'Église
- Entretien avec Jan Hertogen par le journaliste Chris De Stoop dans
Knack, 19/10/2010. Pour les interviews de toutes les autres personnes
impliquées dans l'opération « Kelk » voir le journaliste
Dirk Tieleman, Operatie Kelk,
2011 ; pour la couverture journalistique de la Commission spéciale,
voir
John de Wit dans le GVA, 2010. (Traduction DeepL) - Bericht
In
het Nederlands

En 2010, 1er prix du page de titre Knack.
Accéder directement à l'article complet
Quiconque pense que les abus sexuels au
sein de l'Église ne sont apparus qu'avec et après « Godvergeten » vit sur
une autre planète. Il serait bon de revenir à la réalité. Avant
Godvergeten, entre le 2 avril 2010 et le 30 juin 2023, 1 867 signalements
avaient déjà été adressés aux services d'aide de l'Église par des adultes
qui avaient été victimes d'abus sexuels au sein de l'Église pendant leur
enfance. Ils ont reçu un accueil, une reconnaissance et ont reçu une aide
financière.

Des indemnités de 600 000 € ou plus
relèvent purement et simplement de la tromperie et de la supercherie.
À ce jour, seule l'Église a apporté une
aide financière adéquate, répondant à toutes les demandes formulées par
les responsables politiques. Elle l'a fait sans y être légalement tenue,
étant donné qu'il s'agissait de faits prescrits. L'octroi des aides
financières s'est fondé sur ce qu'elles auraient représenté en cas de
règlement judiciaire, tel que déterminé par les avis parlementaires et le
comité de surveillance de la Commission spéciale de 2010/2011. Ces
montants ont récemment été indexés de 33 %.
Les montants désormais cités comme «
indemnisation » sur une prétendue « base scientifique » ne reposent sur
rien. L'échelle des QALY citée par Adriaenssens va de +1 à -1. Sa
déclaration dans la Lettre au pape évoque un « -2 » qui donnerait droit à
une fourchette de 200 000 € à 600 000 € ; on ne peut pas faire plus
absurde, à moins que cela ne vienne de Lieven Annemans, selon Adriaenssens
« l’expert par excellence en Flandre qui sait tout sur le sujet ».
Godvergeten : ignorer les victimes et
l’Église
La « préparation » des victimes en vue de
leur « coming out » strictement orchestré, avec tout le respect dû à ce qu’elles
ont vécu, n’a connu aucune limite dans les émissions de la VRT,
Godvergeten (De Mensen) et sa suite, une production propre à la VRT,
Lettre au pape. Les victimes ont été sélectionnées par les réalisateurs
sur la base du « guide » Devillé qui les a mis en contact avec elles.
Elles ont été isolées des autres victimes de l’émission, à l’exception d’une
seule rencontre, et leur préparation ainsi que les enregistrements se sont
déroulés dans le plus grand secret. Personne, pas même les autres victimes
ou les défenseurs de leurs intérêts, ne devait être au courant de la
production. Moi-même, qui avais été contacté sur proposition
d’Adriaenssens et qui étais disposé à coopérer, j’ai été laissé dans l’ignorance
après un premier contact approfondi et j’ai dû, comme tout le monde, lire
l’annonce de Godvergeten dans la presse. Aucune autre voix de victimes n’a
pu se faire entendre. Adriaenssens a certes pu faire quelques déclarations,
mais cela concernait la conception initiale du projet, et non la
réalisation finale. Seuls Rik Devillé, Van Steenbrugge et Mussche ont eu
la parole en tant qu’experts et défenseurs des intérêts des victimes.
C'est également Adriaenssens qui, lors de
la réunion de tous les collaborateurs après la diffusion, a constaté que
plusieurs victimes n'étaient pas d'accord pour que leur témoignage «
individuel » soit ainsi présenté dans un discours exclusivement
anti-ecclésiastique.
L’ensemble du projet Godvergeten est
ainsi resté totalement aveugle aux 1 867 victimes ayant connu le même
passé d’abus, mais qui ont trouvé le chemin de l’Église pour y chercher
guérison et réparation, et qui, même si toutes leurs attentes n’ont pas
encore été comblées, s’en sont accommodées.
Godvergeten et Operatie kelk, deux
faces d’une même médaille.
Godvergeten et, plus tard,
Brief aan de Paus, comptent ainsi parmi les productions les plus
trompeuses et controversées et les scandales médiatiques des dernières
décennies, et ce autour d’un thème extrêmement sensible, sans qu’aucune
attention n’ait été accordée aux facteurs historiques ayant conduit aux
abus sexuels, ni qu’un début ait été fait pour rassembler des données
pouvant donner un aperçu des auteurs, des victimes, du risque et du degré
d’abus, ni aucune interprétation scientifique. Ce n’est pas un hasard si
ces émissions s’appuient sur la plus grande trahison collective de la
justice envers les centaines de victimes d’abus sexuels au sein de l’Église.
Opération Kelk : empêcher également la
création d'une base de données centrale sur les abus.
Est-ce un hasard si la perquisition des
bureaux d'Adriaenssens visait également à mettre fin à cette collecte de
données en cours, en saisissant les dossiers et les ordinateurs, et à
l'empêcher à l'avenir ? Personne n'a repris ce travail ; seule l'Église
dispose de données sur les abus provenant des centres d'accueil depuis
2012, mais les dossiers de la Commission d'arbitrage doivent, selon une
décision du Parlement, rester clos 30 ans après leur traitement (à celui
qui peut comprendre). Et Lieve Pellens déclare lors de son audition qu’elle
a reçu et suivi 350 signalements, mais ceux-ci sont-ils intégrés dans une
base de données indépendante permettant une enquête plus approfondie ?
Existe-t-il une base de données nominative des prêtres, religieux et
autres agents pastoraux, avec une chronologie et le lieu où ils étaient
actifs, afin de cartographier les mutations en fonction des abus constatés
ou signalés, tant auprès de la justice que de la commission Adriaenssens
(dossiers toujours au greffe de Bruxelles – là encore, comprenne qui
pourra) ?
L’« enquête sur l’enquête » concernait
l’opération « Kelk » elle-même et ses saisies irrégulières ciblées, et
expressément pas l’influence éventuelle de l’Église.
L’« enquête sur l’enquête » portait sur
la défaillance de la justice, qui a délibérément procédé à des saisies
irrégulières par l’intermédiaire de l’unité de police et du parquet de
Bruxelles, ce qui a été confirmé à chaque fois jusqu’au niveau de la Cour
de cassation. Mais pourquoi, par qui et de quelle manière l’Opération
Calice a été mise en place reste à ce jour hors du champ de vision et n’a
jamais fait l’objet d’une enquête. Comme dans de nombreuses enquêtes, une
deuxième piste a été imposée, à savoir la prétendue influence de l’Église.
La question dominante est devenue de savoir si l’Église aurait entravé
l’enquête, voire l’aurait sabotée. C'est un fantasme qui, jusqu'à ce jour,
perpétue les principes anti-ecclésiastiques de l'Opération Kelk et aveugle
les médias, la politique et l'opinion publique quant à la véritable
intention de l'Opération Kelk et aux dommages qu'elle continue de causer
aux victimes d'abus sexuels au sein de l'Église, ainsi que dans toutes les
autres couches de la population et institutions.
1 million d’euros pour la production
de « Godvergeten/Lettre au pape », 1 million d’euros pour les commissions
d’enquête après « Godvergeten »
L’Opération Kelk, Godvergeten et les
commissions d’enquête entreront-elles dans l’histoire comme la plus grande
campagne anti-ecclésiastique jamais menée, financée par l’argent des
contribuables, sans aucun impact positif ni dynamique en matière de
recherche historique sur les causes, de création d’une base de données des
auteurs et des victimes, ni d’accueil et d’aide aux victimes d’abus
sexuels au sein de l’Église ? Seule l'Église sera reconnue comme ayant,
face aux abus passés, bel et bien pris conscience des faits, présenté ses
excuses, pris toutes les mesures pour les prévenir et, surtout, s'être
montrée dès le premier instant prête à offrir aux victimes un
accompagnement de qualité, à les prendre en charge comme si une procédure
judiciaire était encore possible, en plus de permettre une aide
psychologique (3 000 € = la participation aux frais pour 138 séances chez
un psychiatre à 98 € par consultation), et d’être en permanence à la
disposition des plus de deux mille victimes adultes qui se sont adressées
à elle, y compris les victimes qui se sont manifestées après la
publication de « Godvergeten » et de la « Lettre au pape ». Et ce, sans
aucune couverture médiatique ni reconnaissance politique.
De Waele et Devillé, instruments
dociles de la « brigade Pak de kaloten »
De Waele et Devillé étaient des
instruments dociles au service de l’agenda de Bulthé, Colpin, Audenaert et
autres. « À bas les calottes » était la devise, comme le montrent
clairement, entre autres, les mémoires de Luc Van Der Kelen de 2013. Il
fallait à tout prix mettre fin à la commission ecclésiastique
Adriaenssens, même si celle-ci offrait une prise en charge adéquate,
empathique et de qualité.
Les mécanismes de tromperie, de mensonges
et de supercherie sont décrits en détail dans la
note
spécialement demandée par le président de la commission d'enquête
parlementaire, Pierre Jadoul, « afin d'alimenter le rapport ». Le fait que
cette note ne soit même pas mentionnée dans le rapport final, et encore
moins intégrée, est révélateur des travaux et du rapport. Elle contient
pourtant tous les éléments nécessaires pour, conjointement avec le contenu
des auditions, porter un jugement définitif sur le seul dysfonctionnement
qu’était l’Opération Calice elle-même.
Le vote sur le rapport final
concernant les dysfonctionnements va-t-il sceller définitivement le
silence autour des victimes d’abus sexuels au sein de l’Église ?
Le vote sur le rapport final de la
commission d'enquête parlementaire concernant d'éventuels
dysfonctionnements au sein de l'Opération Kelk est en même temps un vote
sur l'étouffement définitif de la manipulation, de la tromperie et de la
trahison des véritables intérêts des victimes, avec la négation des
victimes qui ont elles-mêmes établi un dialogue avec l'Église, et de
l'Église elle-même qui, de manière exemplaire pour le monde entier, a
apporté un soutien et une aide maximaux aux victimes. Le rapport des
auditions de magistrats sous serment fournit tous les éléments permettant
d'aboutir à cette conclusion accablante concernant l'« Opération Calice ».
Lequel des parlementaires, et de quel parti, se saisira de ces
informations et de la lecture du rapport final pour enfin poser la
question de l'enquête sur le seul dysfonctionnement, à savoir la
conception, l'exécution et les répercussions de l'Opération Kelk elle-même.
Du travail encore pour les historiens
Sera-ce, dans les décennies à venir, des
historiens ou des journalistes d'investigation dignes de ce nom, ou les
mémoires de Fernand Keuleneer (comme celles de Luc Van Der Kelen) qui
rendront justice aux victimes et à l'Église ?
Le KIB renvoie à nouveau le ministère
public (Lieve Pellens) devant la chambre du conseil pour le traitement en
appel de l’Opération Kelk.
Et qu’en est-il de l’appel que j’ai
interjeté, seul d’ailleurs, contre la décision de la chambre du conseil de
ne pas engager de poursuites dans l’Opération Kelk ?
Les députés ne doivent pas ignorer que la
chambre du conseil, qui a rendu la décision concernant l’Opération Kelk,
se penchera sur l’enquête relative à ma plainte (en raison d’un report
prévu au 19 ou au 25 mai 2026). Elle le fait sur instruction des juges
d'appel qui, lors de la première audience et après deux « audiences relais
», ont estimé que le ministère public (Lieve Pellens) n'avait pas
suffisamment préparé le dossier pour pouvoir traiter l'affaire « Opération
Kelk » en appel et qu'il valait mieux qu'elle passe d'abord par la chambre
du conseil. Ce n'est qu'après une nouvelle décision de la chambre du
conseil que mon appel devant la Chambre d'accusation (prévu le 25/06/2026)
sera examiné.
Examen de la plainte contre De Troy et
Van Steenbrugge devant la Chambre d'accusation
L'appel que nous avons interjeté comprend
toutefois la mise en accusation des responsables du diocèse de Limbourg,
ainsi que l'examen de la plainte contre Wim De Troy et l'avocat Van
Steenbrugge pour avoir eu accès à et enregistré tous les signalements
confidentiels sur mp3 de l'Opération Kelk, y compris mon signalement, sans
avoir été sollicités en tant qu'avocats par la majorité des auteurs de ces
signalements. Cette plainte, ainsi que l'enquête ponctuelle sur toutes les
plaintes concernant les auteurs, et pas seulement sur la négligence
coupable, faisaient partie de l'« Opération Kelk », mais n'ont pas été
suivies par le parquet général qui aurait dû enquêter sur l'ensemble de
l'Opération Kelk, tant sur la poursuite des auteurs et la négligence
coupable que sur ma plainte contre De Troy et Van Steenbrugge. C'est donc
l'objet du « réexamen » par la Chambre du Conseil et de l'examen en appel
devant le KIB.
Conseil du journalisme : couverture
sélective de la visite du pape par la VRT
Enfin, signalons que le Conseil du
journalisme se réunira en séance plénière le 7 mai pour examiner la
plainte du Groupe de concertation des victimes de l'Église contre la VRT
concernant la couverture médiatique sélective de la visite du pape du 15
novembre 2025, avec 15 victimes, et que la décision sera rendue le 8 mai
2026.
Pour plus d'informations, voir
Communiqué 74 -
La commission d'enquête «Pak de Kaloten»,
Communiqué 75 -
Approbation du rapport de la commission d'enquête « Kelk » : une
erreur historique
Mémorandum Fernand Keuleneer,
jan@hertogen.be
Pour les réactions et les explications,
voir jan@hertogen.be
Jan Hertogen
www.operatiekelk.be
Tél. : 0487 335 552
*
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Article Knack -
23/10/2010
Interview par Chris De Stoop

Jan Hertogen – «
L'Église est
obsédée par le sexe »
Jan Hertogen, sociologue de
renom, est le seul des 475 victimes de la commission Adriaenssens
à s’exprimer ouvertement. Il a été victime d’abus au sein de la
KSA de Hasselt. Ces derniers jours, les événements se sont succédé
pour lui. Il a été menotté. Il n’a pas pu consulter son dossier.
Mais la Cour de cassation lui a donné raison. Pour la première
fois, il raconte toute son histoire : « C'est une saga surréaliste.
»
Chris De Stoop / photo Lies
Willaert, 19-10-2010, 22h00
Cela fait cette semaine six mois
que l’évêque Roger Vangheluwe a été démis de ses fonctions. Cela
fait six mois que Jan Hertogen a porté plainte auprès de la
commission Adriaenssens. Cela a changé sa vie. Jan Hertogen est un
sociologue connu, anciennement lié à l’université de Louvain, puis
au mouvement syndical chrétien, et aujourd’hui en préretraite. La
saisie de son dossier par l'opération Kelk a été vécue comme un
deuxième abus. C'est en partie grâce à son opposition que les
saisies ont été déclarées illégales par la Chambre d'accusation.
Depuis lors, les 475 victimes de la commission Adriaenssens se
sont profondément divisées. Une partie souhaite emprunter la voie
judiciaire, représentée par l’avocat Walter Van Steenbrugge. Une
autre partie souhaite obtenir la reconnaissance et une réparation
de la part de l’Église, dont Jan Hertogen est le porte-parole. La
semaine dernière, Hertogen, tout comme six clients de Van
Steenbrugge, a obtenu gain de cause devant la Cour de cassation,
qui a jugé que les victimes auraient dû être entendues. D’ici
quelques semaines, la Chambre d’accusation devra donc se prononcer
à nouveau sur la légalité de l’enquête.
La Cour de cassation vous donne
raison, mais vous n’êtes pourtant pas entièrement satisfait ?
Jan Hertogen : Je dois
maintenant être entendu et je veux démontrer devant le juge que la
saisie des dossiers a constitué une atteinte considérable à l’intégrité
des victimes. C’est là la différence entre moi et l’avocat Van
Steenbrugge : je veux que la justice restitue les dossiers, tandis
qu’il souhaite les laisser entre les mains du juge d’instruction
Wim De Troy. L'illégalité est si flagrante que je suis certain que
la Chambre d'accusation annulera à nouveau la saisie. Mais en
attendant le nouveau jugement, Van Steenbrugge pourra encore
fouiller un peu plus longtemps dans nos dossiers. Car il en a reçu
l'autorisation du juge d'instruction ! C'est pour moi une pensée
effrayante.
Pourquoi est-ce si effrayant ?
Hertogen : Qui mène
l'enquête à présent : De Troy ou Van Steenbrugge ? Clairement Van
Steenbrugge ! Selon De Standaard, De Troy voulait ainsi
anticiper la restitution éventuelle des dossiers. Il a choisi de
prendre les devants. Van Steenbrugge a déclenché la dynamique qui
a conduit à l'opération Kelk, et il couronne maintenant son œuvre.
Il peut désormais examiner lui-même tous les dossiers, ce qu’il
avait refusé à la commission Adriaenssens. Peut-être voit-il un
centre ecclésiastique comme un concurrent susceptible de lui ravir
des clients ? La situation est si grave que j’ai déposé une
plainte contre Van Steenbrugge, De Troy et l’État belge pour
atteinte à ma vie privée. La situation est tellement grave que
j’ai même porté plainte contre les six clients de Van Steenbrugge,
parmi lesquels le neveu de l’évêque Vangheluwe, afin de protéger
mon dossier. Voilà où en est arrivée cette saga surréaliste : des
victimes contre des victimes. J’ai également demandé l’ouverture
d’une enquête disciplinaire contre De Troy pour violation du
secret professionnel et du secret de l’instruction.


« Nous proposons que
l'Église verse aux victimes 120 euros par mois jusqu'à
la fin de leur vie. » (pour chaque mois suivant les
abus, nvjh)
La situation est-elle à ce
point grave que vous vous êtes littéralement retrouvé pris entre
les dossiers et les avocats ?
Hertogen : (indigné)
Quand j'ai lu dans De Morgen que Van Steenbrugge avait
été autorisé à consulter tous les dossiers de l'opération Kelk,
je me suis rendu à la tour de la police près de la gare du Nord
à Bruxelles. Dans le hall, j’ai demandé à consulter mon propre
dossier, mais cela m’était bien sûr impossible. Or, par hasard,
Van Steenbrugge et son associée Christine Mussche se trouvaient
là, et eux, ils en avaient le droit. Alors j’ai crié, furieux,
que je ne pouvais pas tolérer cela. Je me suis placé entre les
avocats et la porte, comme un piquet de grève dans une
entreprise. Un geste symbolique, comme j’en avais déjà fait
autrefois, par exemple lorsque j’avais « pris d’assaut » le
palais royal avec Jan Bucquoy. Mais cette fois-ci, quatre agents
ont immédiatement été envoyés vers moi, m’ont plaqué au sol et
m’ont menotté les mains dans le dos. Je venais de me faire
soigner pour une luxation de l’épaule. Ils me tordaient sans
cesse le bras droit si haut que je hurlais littéralement de
douleur. Dans le procès-verbal, la police écrit alors que je
poussais des « cris inintelligibles », comme si j’étais dérangé.
Ils m’ont laissé partir dans l’après-midi, car j’avais
rendez-vous avec l’évêque de Tournai, Guy Harpigny.
« Les agents me tordaient sans
cesse le bras si haut que je hurlais littéralement de douleur. »
Qu’aviez-vous de si urgent à
discuter avec l’évêque Harpigny ?
Hertogen : (profond
soupir) Écoutez, si je fais le compte, je suis déjà impliqué
dans quatorze procédures depuis l’Opération Calice, et cela sans
avocat. Mais c’est secondaire pour moi, tant que je peux
atteindre mon objectif principal : la reconnaissance et l’indemnisation
des victimes. Cela doit se faire dans un contexte ecclésiastique
: seule l’Église elle-même peut assumer la responsabilité. J’ai
contacté une douzaine de victimes et, dans le cadre du
mouvement des survivants, je me suis présenté à l’Église
avec une proposition concrète. J’ai négocié à ce sujet avec Mgr
Harpigny et Mgr Johan Bonny, les évêques de référence pour la
pédophilie. Notre proposition est que l’Église reconnaisse
désormais officiellement toutes les victimes qui se sont
manifestées avant le 24 juin et qui étaient mineures au moment
des faits. Nous parlons ici des signalements « historiques »
auprès de la commission Adriaenssens, de son prédécesseur
Godelieve Halsberghe et du groupe de Rik Devillé. Les nouveaux
cas relèveront du futur centre que l’Église souhaite créer. La
reconnaissance doit être suivie d’une indemnisation. Nous
proposons de leur verser 120 euros par mois pour le reste de
leur vie (à compter du mois où les abus ont eu lieu, nvjh),
pour couvrir les frais de thérapie et autres dépenses. Nous
attendons une réponse de l’Église d’ici début novembre.
Combien ces « indemnités »
coûteraient-elles à l’Église ?
Hertogen : Cela
représente 1 440 euros par an, soit 43 200 euros au total si la
personne vit encore trente ans. C’est trois fois plus que ce qui
est proposé aux victimes en Autriche. J’estime qu’au maximum 250
victimes y auront recours. Cela représente environ 360 000 euros
par an. Malines peut créer un fonds à cet effet ou se faire
rembourser les frais par les auteurs et les congrégations. Ce
dispositif constitue une première étape. Par ailleurs, les
victimes conservent bien sûr tous leurs droits à des poursuites
judiciaires et à une indemnisation. Il ne s’agit donc pas d’acheter
leur silence.
Poursuivez-vous vous-même
l’auteur qui vous a abusé sexuellement lorsque vous étiez enfant
?
Hertogen : Oui, j’ai
déposé une plainte contre F.V. en me constituant partie civile.
Cette semaine, j’ai présenté pour la première fois les faits
concrets à l’enquêteur de police qui m’interroge. Cet
interrogatoire sera donc également versé à mon dossier, que Van
Steenbrugge, le neveu de Vangheluwe, et les autres sont
autorisés à consulter. Incroyable. J'ai moi-même reçu une lettre
recommandée de De Troy dans laquelle il me refuse le droit de
consultation. Pourquoi ? Parce que je représente un « danger »
de violation de la vie privée des victimes ! C'est tout de même
très cynique : je mène justement ce combat pour protéger leur
vie privée. De plus, De Troy fait référence à mon « attitude »
lors de l’incident dans la tour de la police, et ajoute à cela,
comme élément à charge, les e-mails que j’ai envoyés depuis l’Opération
Kelk !
Mais l’auteur des faits est-il
désormais au courant de votre plainte ?
Hertogen : (hésite)
Oui, je pense que oui. Après l’Opération Kelk, je devais m’attendre
à ce que la justice transmette les dossiers aux évêchés. Dès le
lendemain, le 25 juin, je me suis rendu à l’évêché de Hasselt et
j’y ai également déposé ma plainte. L’évêché a déclaré qu’il
était provisoirement relevé de toutes ses fonctions pastorales.
Entre-temps, une autre victime s’est manifestée auprès de moi.
Cet homme est très heureux de la démarche que j’ai entreprise.
J’ai tellement reconnu ma propre situation dans les réactions
des autres victimes que j’ai souvent dû pleurer. C’est un grand
soutien pour moi.
Mais après les faits eux-mêmes,
vous n’avez pas pu déposer de plainte ?
Hertogen : (silence)
Non, et cela fait partie du sentiment de culpabilité qui
continue de me ronger. Ai-je ainsi permis que d’autres jeunes
soient abusés ? Suis-je coresponsable ? Vous savez, c’est très
complexe. (silence) Vous devez savoir que cela s’est
passé au sein du mouvement de jeunesse dont je suis moi-même
devenu le responsable. Je parle de la KSA de Hasselt, et nous
parlons ici des années soixante. En tant que séminariste, prévôt
et responsable de la formation des animateurs, F.V. occupait une
position intouchable au sein de la KSA. C’était un mentor
apprécié, y compris par moi-même. Entre 15 et 17 ans, j’ai dû
subir de son part des comportements sexuels non désirés. La
première fois, c’était dans la salle de la KSA au Collège
Saint-Joseph à Hasselt, où j’étudiais également. Il a verrouillé
la porte et m’a demandé de me déshabiller, tandis qu’il
observait depuis derrière un paravent, seule sa tête étant
visible. Il m’a dit que le développement sexuel d’un garçon
passait toujours par une « phase homosexuelle ». Je ne savais
pas mieux, et j’avais une confiance absolue en F.V. C’était à ce
moment-là la personne qui avait le plus d’autorité à mes yeux.
Je me suis donc déshabillé et j’ai fait ce qu’il me demandait,
tandis que, derrière ce paravent, il se masturbait bien sûr. Je
ne me sentais pas capable de me défendre. Par la suite, cela
s’est répété à plusieurs reprises, au cours desquelles il venait
parfois s’allonger sur moi, me forçait à l’embrasser, me
demandait de le masturber avec la main… (bégayement)
C’est la première fois que j’évoque les faits de manière aussi
explicite.
Saviez-vous à l’époque qu’il y
avait d’autres victimes ?
Hertogen : Mon meilleur
ami a disparu du jour au lendemain et est passé chez les scouts,
sur décision de ses parents. Je n’ai jamais compris cela et j’en
ai beaucoup souffert. La question qui me ronge, bien sûr, c’est
de savoir si, en tant que responsable de la KSA, je n’aurais pas
dû tirer la sonnette d’alarme et empêcher que d’autres enfants
ne subissent la même chose. Je me demande si, dans les
mouvements de jeunesse, avec leurs responsables et leurs
aumôniers, qui étaient souvent aussi enseignants dans les
collèges, il ne s’est pas passé autre chose. Je me demande aussi
aujourd’hui si des personnalités clés du collège de Hasselt n’étaient
pas au courant des abus sexuels commis par F.V. Je pense à
Georges Lambrechts, qui était alors enseignant et doyen
principal, et à Guido Plessers, qui était alors doyen de
district et qui est aujourd’hui chanoine dans le diocèse de
Hasselt. J’aimerais leur demander s’ils n’étaient pas au
courant. Plus généralement, j’appelle les collègues des auteurs
à coopérer aux enquêtes sur les abus sexuels. Cela pourrait
aider de nombreuses victimes. Pourquoi n’entends-je rien des
centaines de prêtres qui ont quitté la prêtrise ? À l’exception
de Pablo Franssens, qui s’est révélé très tôt et qui a lui-même
été violé lors d’un camp de la KSA dans le Limbourg. Je constate
également que F.V. a été muté à plusieurs reprises. Le diocèse
était-il au courant ?
Vous êtes ensuite entré
vous-même au séminaire ?
Hertogen : Oui, je
voulais devenir prêtre par grand engagement social. J’ai d’abord
suivi deux ans de philosophie au séminaire de Saint-Trond. Je me
souviens d’ailleurs d’une visite de F.V. là-bas, à la suite de
laquelle le directeur du séminaire de l’époque a piqué une telle
crise de colère qu’il s’est littéralement mis à le repousser et
à l’insulter. Il était apparemment au courant de ses intentions.
Cela a été un choc pour moi. J’ai ensuite suivi une année de
théologie au séminaire de Liège. Le point de rupture a été
lorsque j’ai dû prononcer le vœu d’obéissance à l’évêque de
Hasselt. Je ne voulais pas aller aussi loin. J’ai arrêté et je
suis allé étudier la sociologie à Louvain.
Êtes-vous encore pratiquant ?
Hertogen : ( secoue
vigoureusement la tête) Je ne suis plus croyant depuis
longtemps.
Cela a-t-il marqué votre vie
par la suite ?
Hertogen : Je ne sais
toujours pas à quel point je dois prendre ces faits au sérieux.
Cela a-t-il contribué à mes problèmes relationnels par la suite
? Cela a-t-il joué un rôle dans le développement de ma
personnalité et fait de moi cette « personne difficile » que
certains voient en moi ? Je n’ai jamais suivi de thérapie. Vous
savez, je n’ai jamais pensé non plus que l’auteur avait vraiment
de mauvaises intentions à mon égard. Je l’ai accepté, pour
rester en paix avec moi-même. J’ai intériorisé cela, et je n’ai
toujours pas tiré de conclusion. Si j’avais la certitude qu’il
voulait vraiment me violer, cela serait encore aujourd’hui un
choc incroyable pour moi. Le problème, c’est que j’ai gardé le
contact avec lui, en tant que dirigeant syndical, mais aussi par
la suite. Dans les années 70, il m’a encore harcelé à plusieurs
reprises. Après cela, j’ai refoulé tout ça.
Jusqu’à ce que l’affaire
Vangheluwe éclate le 23 avril ?
Hertogen : Oui, cela a
été un tournant pour moi et pour des centaines d’autres victimes.
Le fait qu’une personne occupant un poste élevé dans l’Église
puisse désormais être effectivement punie m’a profondément
touché. C’était l’aboutissement du travail de Peter
Adriaenssens, que je connaissais depuis longtemps et qui m’inspirait
confiance. Mais c’est surtout l’appel lancé par l’archevêque
Léonard aux victimes pour qu’elles se manifestent auprès de la
commission qui m’a convaincu. J’ai envoyé mon témoignage par
e-mail les 27 et 28 avril, mais en demandant qu’il n’y ait pas
de suite judiciaire. Une dynamique énorme s’est alors mise en
place. En huit semaines, un cadre a été mis en place, des
accords ont été conclus et un travail professionnel a été
accompli. En si peu de temps, 30 auteurs ont déjà été confrontés
à la commission et 15 ont été renvoyés devant le magistrat
fédéral. Et pour la majorité des victimes, qui souhaitaient
expressément un entretien pastoral, des dizaines d’accompagnateurs
pastoraux ont été formés. C'était une véritable commission de la
vérité.

Opération Kelk «C'est une idée effrayante
que l'avocat Van Steenbrugge puisse
désormais fouiller dans mon dossier»
Et puis l'opération Kelk a eu
lieu ?
Hertogen : J’ai appris
la nouvelle dans l’après-midi et je n’arrivais pas à y croire.
J’étais vraiment bouleversé. Je me suis rendu au palais
archiépiscopal, mais il n’y avait plus personne. J’ai alors
porté plainte auprès de la police contre la commission
Adriaenssens, qui n’avait pas su protéger ma vie privée.
Adriaenssens trouvait cela bien, car cela permettait de
clarifier les choses. Le lendemain, je me suis fait enregistrer
auprès du procureur en tant que « partie lésée ». Le lundi 28
juin, je me suis rendu chez le juge d’instruction Wim De Troy,
et à ma grande surprise, j’ai pu le rencontrer et j’ai discuté
avec lui pendant une demi-heure. C’était un jeu de ping-pong.
J’ai demandé à récupérer mon dossier, mais il a refusé. Il a
invoqué le secret de l’instruction.
Vous avez alors fait une
comparaison avec le Jüdenrat, ce qui n’était tout de même
pas très aimable.
Hertogen : (soupire)
Je sais bien que la comparaison n’est pas valable sur le fond,
mais c’était la méthode qui m’importait. Adriaenssens a dit qu’il
se sentait utilisé comme appât. Eh bien, les Allemands ont eux
aussi d’abord laissé le Jüdenrat constituer les dossiers,
puis ils s’en sont servis pour déporter les Juifs. De la même
manière, la justice a maintenant utilisé la commission pour
rassembler des dossiers de victimes qu’elle n’aurait jamais pu
réunir elle-même, car elle n’a presque jamais rien fait pour
résoudre ce problème.
Pourquoi avez-vous ensuite
décidé de vous exprimer publiquement ? Vous l’aviez caché à tout
le monde pendant toutes ces années, y compris à votre famille.
Hertogen : (ému)
Je me sentais coupable de ne pas avoir pris mes responsabilités
après les événements de Hasselt. Je ne voulais pas que cela se
reproduise. J’avais le sentiment que maintenant, 48 ans plus
tard, je devais prendre la défense des autres victimes, sans
plus me préoccuper de moi-même. C’était comme si nous étions
victimes d’abus pour la deuxième fois. Qui a le droit de fouiner
dans des centaines de dossiers confidentiels de victimes qui
disent expressément ne pas le souhaiter ? Ni De Troy, ni Van
Steenbrugge !
Et vous ne parlez pas
seulement des dossiers de la commission Adriaenssens ?
Hertogen : Non, il s’agit
de plus de 800 dossiers au total. Si l’on compare le
réquisitoire de l’avocat général Pierre Erauw et le rapport
Adriaenssens, on constate que la chronologie commence bien avant
l’opération Kelk. La commission Adriaenssens commence ses
travaux en février et reçoit déjà 30 plaintes. En avril et mai,
des accords ont déjà été conclus avec Rik Devillé pour y ajouter
également ses anciens dossiers. Mais c’est alors que l’avocat
Van Steenbrugge, l’avocat de Devillé, propose l’approche
américaine : il préfère mener une class action, au nom
des victimes, afin d’obtenir une indemnisation. Seule la voie
judiciaire est encore sacrée.
Rik Devillé rompt ses
engagements. Adriaenssens est totalement surpris par ce
revirement. Godelieve Halsberghe, la prédécesseure
d’Adriaenssens, qui était en conflit avec l’Église, décide
également en juin de se rendre à la police. Elle a déposé une
trentaine d’anciens dossiers aux archives nationales. Et que se
passe-t-il alors ? Le 16 juin, les quelque 300 dossiers de
Devillé sont remis à la police, et le 23 juin, celle-ci emporte
les 30 dossiers de Halsberghe conservés aux archives nationales.
Avec leur collaboration donc, mais sans l’autorisation des
victimes. Dans la saisine ou mandat d'enquête, il n'est
alors plus question que d'« atteinte à l'honorabilité ». Cela
remonte aux déclarations de Halsberghe, qui aurait alors raconté
l'histoire de la crypte contenant les dossiers cachés. Le reste
appartient à l'histoire : l'opération Kelk le 24 juin à Malines
et à Louvain. Mais à ce moment-là, leur mandat d’enquête ne
mentionnait donc encore rien concernant la négligence coupable !
Cela n’a été mentionné que dans la deuxième saisine du 25
juin. C’était donc mettre la charrue avant les bœufs.
Par la suite, cette saga
surréaliste de l’enquête sur l’enquête s’est mise en marche avec
une rapidité frappante. Vous en avez été l’un des instigateurs ?
Hertogen : Oui, j’ai
introduit en juillet auprès du parquet général une opposition
contre la saisie des dossiers de la commission Adriaenssens. L’avocat
Keuleneer a également fait opposition, mais uniquement contre la
saisie des affaires ecclésiastiques à Malines. La Chambre
d'accusation a alors annulé les saisies, mais le juge
d'instruction De Troy garde les arrêts secrets jusqu'à ce jour.
Contre la volonté du parquet général.
Y a-t-il là une guerre entre
magistrats laïques et croyants ? Vous parlez vous-même d'une «
inquisition à l'envers »…
Hertogen : Je ne sais
pas, mais j’ai le même sentiment que lorsque je travaillais pour
le syndicat chrétien dans le secteur non marchand et que j’étais
si souvent confronté à des gens qui voulaient s’en prendre aux
calottes et aux tjeven. J’ai ainsi aujourd’hui l’impression
que pour certains, qui sont si indignés par les affaires de
pédophilie, attaquer l’Église prime sur l’aide aux victimes. Un
discours anti-ecclésiastique aveugle. Vous savez, qu’ils s’en
prennent à l’Église, je m’en fous. Qu’ils clouent les
évêques sur la croix, je leur tendrai même l’éponge imbibée de
vinaigre s’il le faut, mais pas au détriment des victimes et pas
au détriment de la légalité ! Ce que j’attends maintenant de l’Église,
c’est la reconnaissance et une réparation pour les victimes
individuelles.
Mais la négligence, le silence
et la protection de leur propre cercle n’étaient-ils pas tout de
même des problèmes structurels au sein de l’Église ?
Hertogen : (mal à l’aise)
Oui, l’avocat Van Steenbrugge parle toujours de dissimulations
et de complots, mais cela reste à prouver. Le gros problème,
c’est que la commission Adriaenssens était justement en train d’enquêter
là-dessus, mais que cela a été brusquement interrompu par l’action
en justice ! Bien sûr, les abus sexuels n’ont pas été pris au
sérieux et ont été dissimulés par l’Église. Le cardinal Danneels,
en tout cas, doit disparaître à jamais de la sphère publique.

L'archevêque Léonard « L'Église est
obsédée par le sexe et la procréation »
L'archevêque Léonard n'a pas
vraiment voulu faire son mea culpa pour les scandales sexuels.
Et il ne le fait pas non plus aujourd'hui pour avoir déclaré que
le sida est une forme de justice pour les comportements sexuels
promiscueux. Pourquoi ne peut-il pas simplement se taire sur le
sujet du sexe ?
Hertogen : L'Église est
obsédée par le sexe et la procréation, et c'est précisément le
reflet de l'attitude qui a rendu possible et couvert les abus
sexuels. Cela doit faire l'objet d'un suivi social et juridique,
et la dynamique du message chrétien doit à nouveau primer. Mais
c'est à l'Église elle-même de régler cela maintenant. Et je n'en
fais plus partie.
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